
L’ancien président de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, a effectué un retour aussi discret que symbolique à Goma, capitale du Nord-Kivu, après deux années d’absence hors du pays. Ce retour, survenu dans la soirée du dimanche 25 mai, a été confirmé par plusieurs sources concordantes et suscite d’ores et déjà de nombreuses interrogations sur les intentions futures de l’ancien chef de l’État.
Le contexte de ce retour est lourd de tensions. Depuis son retrait du pouvoir en janvier 2019, à la suite de la première alternance pacifique de l’histoire politique congolaise, Joseph Kabila s’était progressivement effacé de la scène publique, tout en conservant une influence certaine à travers son parti, le Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD). Son retour à Goma, une ville aujourd’hui en partie sous contrôle des rebelles du M23, coïncide avec la diffusion récente d’une vidéo enregistrée à l’étranger, dans laquelle l’ancien président apparaissait déterminé à « reprendre sa place dans l’avenir du pays ».
La présence de Kabila à Goma a été saluée publiquement par les rebelles du M23, dont le leader Corneille Nangaa a exprimé son respect envers l’ancien président, qualifiant sa décision de retour de « sage et opportune ». Cette posture a aussitôt ravivé les soupçons de collusion entre Kabila et les mouvements rebelles qui sévissent dans les provinces de l’est, notamment le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.
La justice militaire congolaise a récemment levé l’immunité dont bénéficiait l’ancien président, l’exposant à de possibles poursuites pour des accusations extrêmement graves : trahison, participation à un mouvement insurrectionnel et crimes de guerre. Selon les observateurs, cette démarche judiciaire vise à établir les responsabilités de Kabila dans le soutien présumé aux groupes armés, dont le M23, qui continuent de déstabiliser la région depuis plusieurs années.
Le retour de Kabila intervient également dans un climat politique marqué par des tensions persistantes avec l’actuel président, Félix Tshisekedi. Après avoir d’abord gouverné en coalition avec le camp kabiliste, Tshisekedi avait rompu cette alliance dès 2021, réduisant considérablement l’influence institutionnelle de son prédécesseur. Depuis, les rapports entre les deux hommes n’ont cessé de se détériorer.
Si les autorités de Kinshasa n’ont pas encore officiellement réagi à ce retour, plusieurs analystes estiment qu’il pourrait représenter un tournant dans la crise politique et sécuritaire que traverse l’est de la RDC. À Goma, la population locale observe la situation avec prudence, consciente du potentiel déstabilisateur de cette réapparition politique.
Alors que le pays se dirige progressivement vers une nouvelle séquence électorale, le retour de Joseph Kabila sur la scène nationale pourrait bien rebattre les cartes. Mais il reste à savoir si ce retour est motivé par une volonté de réconciliation, de repositionnement politique ou par la nécessité de répondre à la justice. Quoi qu’il en soit, la situation à l’est de la RDC demeure extrêmement volatile, et le rôle que Kabila entend y jouer soulève à la fois espoirs et inquiétudes.
Imam chroniqueur Babacar Diop















