Cameroun : 74 jours loin du pays, des rumeurs, un sacre historique des Lionnes… Paul Biya rentre à Yaoundé, ce 20 août 2026

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Cameroun : 74 jours loin du pays, des rumeurs, un sacre historique des Lionnes… Paul Biya rentre à Yaoundé, ce 20 août 2026

Paul Biya est de retour au Cameroun. Parti de Yaoundé le 7 juin pour ce que ses services avaient présenté comme un « bref séjour privé en Europe », le chef de l’État aura finalement passé plus de dix semaines hors du pays. Pendant cette absence, les interrogations sur sa santé ont grandi, certaines rumeurs allant jusqu’à annoncer sa mort. Le gouvernement a démenti, l’opposition a questionné la continuité du pouvoir et le président a continué à signer des actes depuis l’étranger. Puis, le 16 août, les Lionnes Indomptables ont remporté à Rabat leur première Coupe d’Afrique des nations féminine. Quatre jours plus tard, Paul Biya retrouvait Yaoundé.

Une absence qui n’était pas censée durer

Le 7 juin, Paul Biya quitte le Cameroun pour l’Europe. L’annonce officielle parle alors d’un court séjour privé. Rien ne laisse penser que le voyage va se prolonger pendant 74 jours.

Pourtant, les semaines passent. Le président, âgé de 93 ans, ne réapparaît pas publiquement au Cameroun. Son séjour genevois devient progressivement un sujet politique. La durée de l’absence, plus que le déplacement lui-même, finit par attirer l’attention.


Paul Biya n’en est certes pas à sa première longue absence à l’étranger. Mais cette fois, le contexte est différent : il vient d’entamer un nouveau mandat présidentiel, alors que les interrogations sur son âge, sa succession et la continuité du pouvoir sont déjà présentes dans le débat camerounais.

Quand les spéculations prennent le dessus

À Yaoundé, le compteur des jours d’absence s’allonge et les questions changent de nature.

D’abord, on cherche à savoir quand le président rentrera. Puis viennent les interrogations sur sa santé. Sur les réseaux sociaux comme dans certains médias, les hypothèses se multiplient. Des rumeurs évoquent une hospitalisation. D’autres vont beaucoup plus loin et annoncent la mort du chef de l’État, sans aucune source crédible pour l’étayer.

Le gouvernement finit par répondre directement à cette agitation.

Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, affirme au début du mois d’août que Paul Biya est vivant et qu’il continue d’exercer ses fonctions depuis Genève. Il annonce également un retour prochain, sans toutefois fournir immédiatement de date précise.

Cette précision est importante : les rumeurs sur la mort ou l’incapacité du président n’ont jamais été établies comme des faits. Ce qui est avéré, en revanche, c’est que leur propagation a pris suffisamment d’ampleur pour contraindre le gouvernement à communiquer publiquement.

Un président absent, mais des décisions continuent d’être prises

Pendant ce temps, l’État ne s’arrête pas.

Des décrets sont signés au nom de Paul Biya depuis l’étranger. Le 3 août, plusieurs colonels sont promus et des changements interviennent dans la hiérarchie militaire. Quelques jours auparavant, un général avait été admis à la retraite. Des décisions économiques sont également prises par décret.

Le pouvoir envoie ainsi un message simple : Paul Biya est loin du Cameroun, mais il reste le président et continue de décider.

L’opposition ne partage pas cette lecture. Plusieurs responsables demandent que les institutions se prononcent sur la situation et évoquent la possibilité d’une vacance du pouvoir. Le Conseil constitutionnel ne déclenche cependant aucune procédure d’intérim.

Le débat dépasse alors la personne de Paul Biya. Il touche au fonctionnement même de l’État.

Une question qui revient toujours : l’après-Biya

Cette longue absence intervient dans un Cameroun où la question de la succession présidentielle est devenue plus difficile à éviter.

Paul Biya dirige le pays depuis 1982. À 93 ans, il est aujourd’hui le plus âgé des chefs d’État en exercice dans le monde. En avril 2026, le Cameroun a par ailleurs réintroduit la fonction de vice-président, mais celle-ci reste vacante. En cas de vacance de la présidence, la Constitution prévoit un mécanisme d’intérim, mais l’absence prolongée du chef de l’État a montré combien la question de la continuité institutionnelle pouvait rapidement redevenir sensible.

Le sujet n’est donc plus seulement de savoir où se trouve Paul Biya.

Il est aussi de savoir comment le système politique camerounais se prépare à fonctionner le jour où la question de sa succession ne sera plus théorique.

Pendant ce temps, les Lionnes offrent une autre image du Cameroun

Et puis, au milieu de cette séquence politique lourde, le football est venu changer le ton.

Le 16 août, à Rabat, les Lionnes Indomptables battent le Malawi 3-0 en finale de la Coupe d’Afrique des nations féminine. Le Cameroun décroche ainsi le premier titre continental de son histoire dans cette compétition.

Le sacre provoque une vague de célébrations au pays. Après des semaines durant lesquelles l’actualité camerounaise était largement dominée par l’absence du président et les spéculations qui l’accompagnaient, les Lionnes offrent une autre image du pays : celle d’une équipe qui vient de conquérir l’Afrique.

Paul Biya, toujours à Genève, adresse ses félicitations aux championnes.

Puis vient l’annonce de son retour.

Il serait toutefois imprudent d’affirmer que le président est rentré à cause de la victoire des Lionnes. Aucun élément établi ne permet de le soutenir. En revanche, la chronologie est remarquable : le Cameroun décroche le trophée le 16 août, les championnes rentrent au pays le lendemain, et Paul Biya revient à Yaoundé le 20 août.

Le président et les championnes se retrouvent ainsi, à quelques jours d’intervalle, au centre d’une même séquence nationale.

Le retour met fin aux rumeurs, pas aux questions

Ce jeudi 20 août, Paul Biya est finalement arrivé à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen en provenance de Genève. Des militants du RDPC se sont rassemblés sur son parcours pour saluer son retour. Après plus de dix semaines d’absence, le président retrouve physiquement le pays qu’il dirige depuis 1982.

Son retour apporte une réponse concrète à certaines des rumeurs qui avaient circulé pendant son absence.

Non, Paul Biya n’était pas mort.

Non, l’État camerounais n’avait pas officiellement constaté une vacance du pouvoir.

Et oui, le président est finalement rentré.

Mais cette arrivée ne permet pas de remonter le temps et d’effacer les 74 jours précédents.

Car quelque chose s’est passé pendant ces dix semaines : une absence présentée au départ comme brève est devenue un événement politique ; le gouvernement a dû rassurer l’opinion ; l’opposition a interpellé les institutions ; des actes présidentiels ont continué d’être pris depuis l’étranger ; la question de la succession a resurgi ; et, au même moment, les Lionnes Indomptables ont offert au pays un titre continental historique.

Le Cameroun après 74 jours

Paul Biya est donc rentré. Mais le véritable enseignement de cette séquence ne se trouve peut-être pas dans l’atterrissage de son avion.

Il se trouve dans tout ce qui s’est produit pendant qu’il n’était pas là.

Ces 74 jours ont montré qu’un président peut continuer à gouverner à distance, mais aussi qu’une absence prolongée au sommet d’un État peut rapidement créer un espace où prospèrent les rumeurs, les inquiétudes et les spéculations sur l’avenir.

Les Lionnes, elles, ont rappelé dans le même temps qu’une autre actualité pouvait rassembler les Camerounais autour d’une réussite incontestable.

Le président est revenu avec, derrière lui, 74 jours de questions.

Les Lionnes, elles, sont revenues avec une Coupe.

Et désormais, au-delà des célébrations et du soulagement suscité par le retour du chef de l’État, une question restera posée : le Cameroun tirera-t-il des leçons politiques de ces dix semaines d’absence ?

Celine Dou
Dunia News

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