Femmes, pouvoir local et parité : l’engagement résolu de Mme AGORO Essognina Nassara

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Femmes, pouvoir local et parité : l’engagement résolu de Mme AGORO Essognina Nassara

Conseillère municipale à Agoè-Nyivé 4 depuis le retour de la décentralisation en 2019, Mme AGORO dresse le bilan du premier mandat, dénonce les obstacles à la participation des femmes et remercie les partenaires qui œuvrent pour renforcer les élues locales.

Avec la tenue des élections locales en 2019, le Togo a renoué avec la décentralisation après plus de 30 ans d’interruption. Depuis, 117 communes sont dirigées par des conseils municipaux élus. Parmi les figures montantes de cette nouvelle gouvernance locale, Mme AGORO Essognina Nassara, conseillère municipale à Agoè-Nyivé 4, partage son expérience, son plaidoyer pour la parité et son message de reconnaissance envers les partenaires techniques et institutionnels.

Journaliste : Mme AGORO, quel bilan personnel faites-vous de ce premier mandat ?


Mme AGORO :
Ce premier mandat a été à la fois une école et un terrain d’action. Il nous a permis de rapprocher l’administration des citoyens, notamment à travers la disponibilité des services de l’état civil. Les populations n’ont plus besoin de faire des kilomètres pour un acte de naissance. C’est un progrès concret et visible.

Nous avons aussi multiplié les actions de sensibilisation, particulièrement à l’endroit des femmes dans les marchés, les quartiers, auprès des jeunes filles. Il est essentiel que chacune et chacun se sente concerné par la décentralisation.

Et je tiens ici à exprimer toute ma gratitude à l’AIMF (Association Internationale des Maires Francophones), à la FCT (Fédération des Communes du Togo) et au REFELA-Togo (Réseau des Femmes Élues Locales d’Afrique – section Togo). Grâce à leurs appuis, nous avons bénéficié de formations, de renforcements de capacités et de cadres d’échanges qui ont véritablement renforcé notre engagement et nos compétences en tant que femmes élues. Merci pour cette confiance et cet accompagnement constant.

Journaliste : La participation des femmes reste encore marginale. Quels sont les obstacles ?

Mme AGORO :
Le premier obstacle, c’est souvent le doute des femmes elles-mêmes. Beaucoup pensent qu’il faut être diplômée pour faire de la politique. C’est faux. Gérer un foyer est déjà une forme de leadership. Nous devons briser ce plafond de verre.

Journaliste : La religion est parfois évoquée comme une barrière. Quel est votre regard ?

Mme AGORO :
C’est une réalité dans certains contextes, mais les choses évoluent. J’ai eu la chance d’avoir un père visionnaire, musulman, qui croyait fermement à l’éducation des filles. Il m’a responsabilisée très tôt. La religion ne doit plus être une excuse pour bloquer l’ascension des femmes. Elle doit accompagner leur émancipation.

Journaliste : Vous plaidez pour la parité dans les partis politiques. Pourquoi ?

Mme AGORO :
Parce que tout commence là. Si les femmes ne sont pas bien positionnées sur les listes électorales, elles ne seront pas élues. Il faut des engagements clairs des partis : une alternance femme-homme sur les listes, au moins une adjointe-maire par commune, et pourquoi pas 30 femmes maires dès 2025. Ce n’est pas de la complaisance, c’est une reconnaissance des compétences féminines.

La parité n’est pas un luxe. Elle est essentielle pour construire une société plus juste. Sans elle, la décentralisation est incomplète car elle marginalise la moitié de la population.

Journaliste : Les femmes sont souvent placées en fin de liste. Que dites-vous aux partis politiques ?

Mme AGORO :
C’est une injustice flagrante. Les partis doivent cesser de considérer les femmes comme des figurantes. J’adresse mes remerciements au président du Conseil de notre parti qui a compris l’enjeu et qui n’hésite pas à confier des responsabilités aux femmes. J’aimerais que ce modèle inspire les autres partis.

Journaliste : Votre message final ?

Mme AGORO :
Je lance un appel ferme aux leaders politiques : donnez aux femmes les moyens de contribuer pleinement au développement local. Ne nous reléguez plus à l’arrière-plan. Nous avons les compétences, la volonté et l’engagement. Ensemble, femmes et hommes, construisons une gouvernance locale plus équilibrée, équitable et durable.

Et je réitère mes remerciements à l’AIMF, la FCT et le REFELA pour leur accompagnement. Grâce à eux, des femmes comme moi peuvent oser, agir, et faire entendre leur voix.

Jean-Marc Ashraf EDRON

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